dimanche 19 février 2017

ANTIPRESSE n°64 : NOUVELLEAKS par Slobodan Despot...à propos de l'infâme Decodex / ANTIPRESSE n°64 : Newsleaks by Slobodan Despot... about the infamous Decodex

LE LABEL ROUGE DECODEX, UN CERTIFICAT D’EXCELLENCE?

La question est évidemment ironique. L’outil mis en place par Le Monde a rapidement indexé (c’est le cas de le dire) un territoire vaste et bigarré où pullulent les énergumènes, les paranoïaques et les mythomanes, mais où vivent aussi paisiblement — disons plutôt vivaient jusqu’ici — des tribus de penseurs et des chercheurs d’une haute probité dont les informations n’avaient qu’un seul défaut: celui de ne pas correspondre à la vision du monde univoque du Monde, mètre étalon de la pensée unique française. Traduit en langage technologique: ils ont le tort d’accrocher les fureteurs à mots clefs «chauds» et à sources douteuses du logiciel en question. La mise en place d’une «intelligence artificielle» pour traquer la pensée déviante ajoute un vernis d’«objectivité» impersonnelle et mécanique à ce qui n’est, fondamentalement, qu’une opération assez grossière de gleichschaltung (alignement) médiatique, du reste identifiée comme telle jusque dans les rangs des confrères.
Il n’est pas d’intelligence artificielle. Il n’existe que de l’intelligence humaine prolongée par des robots qui accomplissent ce que cette intelligence leur a ordonné de faire. On aurait pu apprendre aux inquisiteurs mécaniques de Decodex à distinguer le deuxième degré et l’antiphrase. Mais c’eût été long, compliqué et coûteux. On n’avait pas besoin d’aller aussi loin. Le but était de contenir rapidement une sédition qui se propageait comme un feu de brousse, or en de tels cas on ne fait pas de détails. On arrose bien au-delà de la limite des flammes. C’est le mot d’ordre classique des nettoyeurs d’urgence: «Tuez-les tous, Dieu reconnaîtra les siens».
Le Monde ne représente pas, c’est le moins qu’on puisse dire, un parangon de vertu journalistique. Il y a 14 ans déjà, l’immense enquête de Pierre Péan et Philippe Cohen sur La Face cachée du Monde illustrait le profond fossé existant entre les pratiques de ce journal et les règles élémentaires de la déontologie journalistique — voire de l’honnêteté intellectuelle pure et simple. Cela ne s’est pas arrangé depuis. Dès la guerre en ex-Yougoslavie, j’ai collecté une documentation ahurissante sur ses mensonges et ses partis pris. J’avais même eu la folie d’écrire à son rédacteur en chef pour relever une erreur de fait objective, aisément vérifiable dans les encyclopédies. Il m’avait répondu par une caricature de Plantu, me disant en résumé: «allez vous faire foutre, Balkaneux enragé».
Inutile de relever l’effondrement éthique et informationnel du même journal dans les récents conflits du Proche-Orient, qu’il a «couverts»… d’un voile de camouflage imprimé de motifs néocons. Si, par exemple, le parti pris massivement pro-djihadiste des médias occidentaux dans la tragédie d’Alep a été remis en question par certains journalistes et commentateurs français, ces voix-là ne sortaient pas des colonnes du Monde.
Aussi, lorsque cette officine d’influence financée à coups de dizaines de millions par l’État français a annoncé la mise en place de son «outil de vérification», je ne pouvais que sourire. Le Monde traquant la désinformation, c’est comme si le cartel de Medellín se mettait à dénoncer les dealers de coin de rue.
Puis, des amis préoccupés m’ont signalé que notre «Main courante» sur l’internet, log.antipresse.net, avait été barré de rouge dans la classification simplette du Decodex. Si France-Dimanche est classé vert, le label rouge Decodex ne pouvait être qu’une marque d’excellence.
Quelle meilleure réfutation pour cette entreprise de censure que sa propre idiotie?
Mais ensuite j’ai lu l’excellente série d’articles qu’Olivier Berruyer a consacrée au Decodex sur son site, les-crises.fr, l’un des plus intelligents blogs français, évidemment classé dans la zone orange — juste au bord du gouffre rougeoyant. Malgré un soutien considérable des lecteurs et de certains noms illustres du débat public français, Berruyer a décidé d’ajouter l’action en justice à sa réfutation intellectuelle de cet Index librorum prohibitorum des temps modernes. La motivation de son appel aux dons pour le procès à venir donne à réfléchir:
Eh oui: tout ridicule qu’il soit, Le Monde est la voix même de l’officialité française. Quoi qu’il vaille, ses dénonciations ont un impact sur votre vie réelle. C’est comme d’être cité, jadis, dans la Pravda de Moscou: que vous soyez innocent et eux dépravés ne change rien au fait qu’ils tiennent le couteau par le manche.
Aussi ai-je estimé utile de livrer ici une mise au point. D’abord sur la manière dont notre propre site a été classé rouge, et ensuite sur ce que représente réellement, à mes yeux, le Decodex du Monde.

Marqués au fer rouge!

Sur le moteur de vérification de Decodex, le log de l’Antipresse apparaît affublé d’une mise en garde menaçante: Ce site diffuse régulièrement de fausses informations ou des articles trompeurs. Restez vigilant et cherchez d’autres sources plus fiables. Si possible, remontez à l’origine de l’information.
A l’appui de ce jugement extrême, l’algorithme du Decodex cite seulement deux sources, dont l’une est sans rapport aucun avec le sujet:
1) Un article de L’Express fustigeant la «nébuleuse des sites de “vraie” information». L’Antipresse n’est citée nulle part dans cet inventaire!
2) Un article de la rubrique «désintox» de Libération (l’ancêtre «humain» du Decodex) sur «Le mythe de la “petite Syrienne qu’on sauve tout le temps”». Il s’agit en réalité, de la part de Libé, d’une tentative de défense de sa propre ligne de désinformation au sujet de la situation à Alep-Est.
Pour mémoire: nous avions épinglé une scène de sauvetage impliquant une seule et même enfant syrienne au bras de trois sauveteurs différents, ces fameux «Casques blancs» qui ont disparu comme par enchantement après la reprise de la ville par l’armée syrienne. Nous ne contestions pas la réalité de ce sauvetage, mais soulignions simplement que le bombardement de photos sous divers angles et avec divers protagonistes avait pour but de «démultiplier» virtuellement le drame.
Cette dénonciation de la manipulation a été assimilée à son tour à de la manipulation par les vigiles de Libé: le procédé est classique et grossier. Nous l’avions décortiqué, sources à l’appui, dans un post ultérieur: «La “désintox-réintox” de “Libé”». Relevant notamment tout ce que cette dispute sur une mise en scène photographique dissimulait au sujet du rôle des «Casques blancs» et du parti pris de la couverture médiatique de la guerre à Alep. La révélation des pratiques hideuses des «insurgés» après la prise du fameux quartier Est nous a donné amplement raison.
Résumons donc: Le Decodex nous a classés «rouge» sur la foi de deux articles de la grande presse, dont l’un ne nous mentionne nulle part, et dont l’autre est en soi un cas de propagande. Le label rouge décerné à Antipresse est allé au mauvais destinataire: c’est au moteur informatique du Decodex lui-même qu’il eût fallu l’adresser!
Il se peut (c’est même hautement probable) que l’algorithme se base dans son jugement sur d’autres recoupements: par exemple, le fait que nous citons souvent les plateformes russes RT.com et Sputnik, les ennemis jurés des «nouveaux médias» occidentaux, ou que nous donnons la parole à des «désinvités» sulfureux. Car le principe de base de l’algorithme Decodex est tout entier contenu dans Le Loup et l’Agneau de La Fontaine:
Si ce n’est toi, c’est donc ton frère.
Je n’en ai point. — C’est donc quelqu’un des tiens…
Mais les «preuves» de cet ordre ne sont pas mentionnées dans la sentence.

Un signe avant-coureur?

Selon son chef de projet, le Decodex — moteur de recherche et extension pour navigateur — aurait été ficelé avec seulement 50 à 60’000 euros puisés dans le fonds Google. Cette somme et son origine sont hautement intéressantes.
On se rappellera que le «fonds Google» consiste en un don forfaitaire de 60 millions consenti par le géant de la Silicon Valley à François Hollande en 2013 en échange de l’abandon de la requête des éditeurs de presse français en vue d’un versement de droits d’auteurs («droits voisins») liés à l’exploitation de leurs contenus par le moteur de recherche.
Ce don, qui relève du bakchich au vu du chiffre d’affaires de Google, était toutefois assorti d’un «accord commercial» censé permettre aux éditeurs «d’utiliser les plateformes du moteur de recherche à “des conditions attractives”».
Un millième seulement de cette petite monnaie aurait donc été investi dans le développement du Decodex. Pour quiconque connaît tant soit peu les conditions du développement sur internet, c’est une plaisanterie. 60’000 euros pour un site de cette importance, c’est tout juste le prix de de la carrosserie. Mais qu’en est-il du moteur sous le capot? Les algorithmes requis pour «processer» une telle masse de documents et les catégoriser, fût-ce très sommairement, demandent tout de même réflexion et de programmation.
De deux choses l’une, donc: soit le Monde a grossièrement menti sur le coût de sa solution; soit le cœur même du Decodex lui a été fourni «clefs en main» dans le cadre bénin de cet «accord commercial» qui libérait Google de toute redevance tout en lui donnant la possibilité de refaçonner le paysage médiatique français empêtré dans sa «conversion numérique».
Il existe de fait auprès de Google un département appelé News Lab, un «laboratoire de nouvelles» qui «collabore avec journalistes et entrepreneurs pour construire l’avenir des médias». La première des missions qu’il revendique s’intitule «Trust & Verification», autrement dit: Fiabilité et vérification — et se résume ainsi: «L’innovation technologique [lisez l’internet] a offert aux journalistes une facilité d’accès sans précédent à l’information. Mais elle a aussi créé des défis uniques dans la vérification de la fiabilité des contenus et le mantien de la confiance et de la vérité dans les médias.» Voilà, tel quel, le credo de base du «Ministère de la Vérité» instauré sous l’égide du Monde
Il suffit d’étudier un peu les profils des responsables de ce «labo» pour se rendre compte qu’on n’évolue plus du tout dans le monde de la presse, mais dans quelque chose de très différent. Il s’agit de gens jeunes, plus proches du logiciel que de la plume et plus versés dans le quantitatif et la forme que dans le qualitatif et le fond. Prenez par exemple Olivia Ma, la «cheffe des Partenariats» du Lab, autrement dit la personne qui aura probablement collaboré avec les Français pour la sous-traitance des algorithmes Google. Membre de la petite caste des contrôleurs du web, elle est notamment passée par la direction du fameux «Center for Public Integrity», financé par Soros, à l’origine des Panama Papers et autres «fuites» stratégiques organisées par le système d’influence U.S.
Au profil étrange de cette cyberjournaliste 2.0 ne pouvait correspondre, côté Monde, qu’un geek analogue, à savoir Samuel Laurent, le coordinateur du Decodex. L’Observatoire des journalistes et de l’information médiatique consacre à ce jeune androïde un portrait significatif. La prétention à l’objectivité factuelle, chez cet «automate de la pensée algorithmique» se double d’une morgue et d’un simplisme intellectuel préoccupants, exprimés sur les réseaux par un langage d’adolescent.
« Ainsi il sera fréquent de le voir qualifier le moindre de ses contradicteurs (non-journaliste, cela va sans dire) d’être un « relou », un « troll » et par voie de conséquence d’être ostracisé de son univers virtuel sans aspérités. Samuel Laurent a en effet tendance à « bloquer » toute personne qui émettrait une critique un tant soit peu radicale à l’encontre de son travail et de ses partis pris. Dans sa simulation du réel augmenté 2.0, nul doute que le grand amateur de chiffres, de courbes et de vérités mathématiques réconfortantes n’a guère de temps pour se consacrer à l’analyse.» (OJIM)
Comme chez les «désintoxicateurs» de Libé, on est frappé par l’insensibilité, l’aliénation à proprement parler, de ces nouveaux «journalistes» face à tout échange d’arguments respectueux et cultivé.
Tant par sa conception que par son personnel ou son organigramme, le Decodex se situe en marge du travail et de la mission d’un journal, fût-il normatif comme Le Monde. Sa création ne résulte pas d’un développement rédactionnel, mais d’un projet stratégique remontant à la direction où siègent Alain Minc et autres globalistes. Il est grossier, hypocrite, stupide et encourage à la stupidité. Du même coup, son échelle de valeurs a rapidement été renversée dans l’opinion, le «rouge» devenant soudain «in» par rapport au «vert» ringard à la France-Dimanche.
La dérision ne signifie pas pour autant que le danger est écarté. Sa mise en place témoigne d’une intégration poussée des systèmes non d’information, mais de contrôle de l’information, intégration officialisée dans le cas de la France (on ne l’avait pas saisi sur l’heure) par l’accord léonin avec Google en 2013.
Avec l’approche de la présidentielle française, d’une importance stratégique pour le monde occidental, on va voir que le Decodex n’était que la première hirondelle d’une invasion autrement plus massive. L’Index du Monde n’est en effet qu’un jouet — et probablement une version alpha ou bêta déguisée — en regard du prochain projet du News Lab de Google, qui s’avance cette fois-ci à visage découvert. Avec l’arrivée en France du projet CrossCheck, le contrôle de l’information va prendre une toute autre allure. 17 instances sont déjà «partenaires» de cet outil de catalogage par indexation et contextualisation: l’AFP, BuzzFeed News, France Médias Monde (via les Observateurs de France 24), France Télévisions, Global Voices, Libération, La Provence, Les Echos, La Voix du Nord, Le Monde, Nice-Matin, Ouest-France, Rue89 Bordeaux, Rue89Lyon, Rue89 Strasbourg, Storyful et StreetPress. Non content de se déployer en essaim, on peut parier que le programme de Trust & Verification de Google aura gagné en précision et en exhaustivité.
Certains médias de grand chemin ont de toute évidence décidé de transformer leur faillite éthique et professionnelle en victoire politique. Ils le réalisent au travers d’une conversion à ciel ouvert en outils d’influence et de contrôle. Et là, l’effet de masse compensera sans doute, en partie, les lacunes de qualité et de conception du projet. Des mensonges grossiers répercutés par 100 androïdes alignés passeront plus aisément pour de la vérité que des évidences écrites par des humains isolés.
Ils ont au moins raison sur un point: oui, la vérité dans l’information est un enjeu essentiel de notre temps. Mais ce n’est pas chez eux qu’on la trouvera. La notion même de vérité, dans ce monde-là, n’est qu’un algorithme de plus.

vendredi 17 février 2017

Changement possible dans la position russe sur la Novorussie / Possible change in the Russian position about Novorussie

Par le Saker – Le 11 février 2017 – Source The Saker

Source : http://lesakerfrancophone.fr/changement-possible-dans-la-position-russe-sur-la-novorussie

Il se passe quelque chose d’intéressant en Russie. Le récent assassinat de Givi y attire BEAUCOUP l’attention des principaux organes de presse, beaucoup plus que tous les autres assassinats de commandants novorusses. En outre, une majorité des personnes importantes invitées à exprimer leur opinion semble en général être d’accord sur un certain nombre de conclusions.



Le lieutenant colonel Mikhail Sergueïevitch Tolstych, alias « Givi »

Porochenko est quasiment parti et il est fini.
Les Ukronazis ont pratiquement déclaré officiellement que Minsk-2 était mort.
Les Ukronazis ont pratiquement déclaré officiellement qu’ils sont en guerre avec la Russie.
Les Ukronazis ne veulent aucune solution négociée.
Les Ukronazis ont maintenant décidé qu’une attaque militaire contre la Novorussie est la seule solution.

Le lieutenant colonel Mikhail Sergueïevitch Tolstych, alias « Givi »
Il est intéressant d’observer que la quantité effective des tirs d’artillerie ukronazis a en fait énormément diminué au cours des dernières 48 heures, et que pourtant, selon tous les rapports, les Novorusses restent dans une situation d’avant la guerre. Si le but de l’assassinat de « Givi » était de démoraliser les Novorusses, alors il a atteint l’effet exactement opposé : les Novorusses bouillonnent de colère.

Aparté :
Ceux qui m’ont critiqué pour avoir écrit que l’assassinat de « Motorola » était le symptôme d’un important problème novorusse et qu’un tel meurtre n’aurait pas pu se produire sans des complices locaux, font profil bas cette fois-ci. Ce n’est pas tant dû à quelque sentiment de culpabilité d’avoir été si aveugles, mais au fait qu’en Russie et en Novorussie, la question des complices sur place est maintenant mentionnée ouvertement. Bien – mieux vaut tard que jamais. Si la reconnaissance du fait que les services de sécurité et de contre-espionnage novorusses ont un besoin urgent de l’aide du FSB peut sauver même une seule vie, disons celle de Zakharchenio (qui est aujourd’hui ouvertement menacé par les Ukronazis comme étant le « prochain »), alors il vaut la peine de faire un aveu aussi douloureux.
Fait intéressant, les Novorusses aussi semblent suprêmement confiants. C’est plutôt surprenant, si l’on considère que les forces ukronazies les dépassent largement en nombre (de 2 contre 1 à 4 contre 1, cela dépend de comment vous comptez). Dans des interviews, les commandants et les combattants en première ligne novorusses disent tous qu’alors que les Ukronazis ont utilisé les derniers mois pour se rééquiper et se reformer, ce ne sera pas suffisant pour faire une différence.

Des membres de la Douma russe ont publiquement déclaré qu’ils en ont assez de Kiev et que si les Ukronazis attaquent le Voentorg et le Vent du Nord, le robinet sera totalement ouvert. Au moins une source a rapporté qu’un grand nombre de Cosaques avait déjà franchi la frontière et était déployé à l’intérieur des Républiques de Donetsk et Lougansk.

Enfin, encore une autre théorie régulièrement citée est que la raison pour laquelle Trump ne dit pas aux Ukronazis de se calmer et de reculer (supposant que c’est la raison pour laquelle Trump leur parle, ce qui reste à prouver) est qu’il veut qu’ils attaquent et échouent, pour ensuite les blâmer de refuser l’Accord de Minsk-2. C’est une théorie intéressante. D’un côté, je ne suis pas si sûr que les Américains n’aient pas dit aux Ukies de se calmer – après tout, les bombardements ont considérablement diminué. Cela pourrait aussi être un cas de projection de la logique de la junte de Kiev sur les Américains. Il est bien connu que Porochenko aime envoyer les escadrons de la mort nazis (connus comme les « Dobrobats » ou les bataillons de volontaires) sur les lignes de front, pour que les Russes les tuent au lieu de devoir le faire lui-même. Selon cette théorie, c’est une stratégie gagnant-gagnant pour Porochenko : il envoie les « Dobrobats » au front – soit ils gagnent et le crédit lui revient, soit ils perdent (jusqu’à présent, c’est ce qu’ils ont fait) et ses plus dangereux ennemis politiques sont tués par les Novorusses. Cela fait d’eux des martyrs des « cent héros célestes ». Gloire à l’Ukraine, gloire aux héros, etc., etc., et Porochenko peut mobiliser là autour. Peut-être. Cela me semble une théorie plausible.

Ce qui est sûr, c’est que l’opposition à Porochenko (Liatchko, Timotchenko, Sementchenko, etc.) est totalement déprimée et qu’elle pousse à une escalade, en déclarant un état de guerre en Ukraine ou en soutenant d’autres attaques ukronazies contre les Novorusses. Quant à l’assassinat de Givi, il a été bienvenu pour l’ensemble de la scène politique ukrainienne, qui s’est réjouie du meurtre et a même organisé des sondages d’opinion, pour voir qui les gens voulaient voir assassiné ensuite. La seule exception était, croyez-le ou non, Nadejda Savtchenko (oui, oui, la « Jeanne d’Arc ukrainienne » et « l’espoir de la nation ukrainienne »), qui a accusé Porochenko d’essayer de déclencher un massacre dans le Donbass. Les Ukronazis sont scandalisés et les Russes sont stupéfaits par le virage politique à 180 degrés de Savtchenko. Quant aux Novorusses, leur position est hyper-pragmatique : « Elle est une meurtrière et nous la méprisons, mais nous travaillerons avec elle si elle veut travailler à la paix et même à des échanges de prisonniers. »

J’écoutais hier un politicien ukronazi dire que les médias russes préparent le peuple à une intervention russe dans le Donbass. Eh bien, je ne le formulerais pas exactement comme il l’a fait, mais je suis globalement d’accord avec ce sentiment. Alors que ce n’est pas « le Kremlin » qui dirige qui que ce soit, l’humeur générale en Russie semble être un dégoût profond, de l’irritation et de la frustration avec la junte de Kiev. Et alors que j’exclus catégoriquement toute intervention ouverte à large échelle dans le Donbass, je vois aussi que la théorie d’une opération russe de maintien de la paix est ouvertement envisagée à Moscou et fréquemment débattue. Cela, cependant, exigerait que l’une de ces deux choses se produisent d’abord :

Une attaque ukrainienne sur des forces russes, par opposition aux forces novorusses, quelque part,
Une résolution du Conseil de sécurité de l’ONU autorisant une telle opération de maintien de la paix.
Avec Trump à la Maison Blanche, il y a au moins une possibilité théorique que le Conseil de sécurité des Nations unies autorise une telle opération, en particulier si cela fait porter ensuite à la Russie la charge de reconstruire la Novorussie. Cela, en fait, est quelque chose que ne veulent ni Poutine, ni la plupart des Russes. Ils ont peur d’être pris au piège de devoir prendre du territoire ukrainien sous contrôle russe seulement pour découvrir, comme le droit international le stipule clairement, que toute force d’occupation est responsable de l’administration du territoire sous son contrôle. Les Russes estiment que ce n’est pas eux qui ont créé ce désordre sanglant et que par conséquent ils ne devraient pas être ceux qui paient pour le réparer. Ils savent aussi que l’économie russe, relativement petite, ne peut tout simplement pas supporter une telle charge financière.

Il y a une nette possibilité que 2017 voie une transformation fondamentale et cruciale de la guerre en Ukraine. D’une part, que l’attaque ukronazie finale se matérialise ou non, si elle le fait ce sera le dernier « hourrah » d’une Ukraine en décomposition et à l’agonie. Avec ou sans l’aide directe de la Russie, je prédis que les Ukronazis seront totalement vaincus. Une fois éliminée la composante militaire, d’une manière ou d’une autre, la question centrale deviendra : « Qui paie pour le gâchis », avec les États-Unis et la Russie pointant le doigt sur l’Europe en général et sur l’Allemagne en particulier. Si la dernière attaque ukronazie ne se concrétise jamais, le régime implosera très probablement, au point que tous les acteurs importants devront intervenir et s’accorder sur un plan pour reconstruire au moins la base même de la société ukrainienne. L’Europe n’aura pas d’autre choix que d’accepter encore une nouvelle immense vague de réfugiés.

Quant aux Russes, il apparaît que leur position aujourd’hui est la suivante : la seule option pour le régime de Kiev est de se soumettre à l’Accord de Minsk-2. Cela, bien sûr, signifierait un « suicide en douceur » pour le régime ukronazi. Sinon, alors un « suicide dur » incluant une éventuelle intervention russe limitée ou la reconnaissance des Républiques de Donetsk et de Lougansk par Moscou devient une possibilité réelle. Dans tous les cas, la patience russe/novorusse semble avoir atteint sa limite.

The Saker

Traduit par Diane, vérifié par Wayan, relu par nadine pour le Saker francophone

vendredi 10 février 2017

Risque imminent de larges opérations militaires dans le Donbass / Imminent risk of wide military operations in Donbass

source : http://lesakerfrancophone.fr/risque-imminent-de-larges-operations-militaires-dans-le-donbass

Saker US

Par The Saker – Le 8 février 2017 – Source thesaker.is

La plupart d’entre vous doivent maintenant avoir entendu divers rapports sur la détérioration rapide de la situation en Ukraine. Beaucoup, cependant, ont pu les rejeter parce que, soyons honnêtes ici, nous avons eu tant de faux avertissements au sujet d’une attaque ukronazie imminente, que nous nous sommes habitués. En fait, il y a eu de nombreux incidents précédemment, mais cette fois-ci, je vois assez d’indicateurs et d’avertissements pour justifier un autre avertissement. Voici les nouveaux éléments :


1. Au cours des derniers mois, les Ukrainiens ont progressivement amassé une force très importante, estimée par la plupart des observateurs à 120 000 soldats. Certaines unités ont été déplacées loin de la frontière de Crimée et de la ville de Marioupol et déployées tout au long de la ligne de contact dans le Donbass.

2. Les Ukronazis ont officiellement admis qu’ils mettent en œuvre ce qu’ils appellent une tactique de « saut de grenouille » dans le Donbass qui consiste à prendre lentement mais constamment le contrôle de la zone grise censée séparer les deux côtés et ils ne font pas de rapport sur les territoires qu’ils ont « libérés ».

3. Porochenko n’a, de toute évidence, aucune idée sur la façon de procéder. Cette faiblesse est ressentie par les principaux politiciens ukrainiens, qui ont récemment fait des déclarations fortes à l’appui d’une « solution » militaire. Ces politiciens comprennent Yulia Timochenko et Dmitry Iaroch. Si Porochenko ne fait rien, ils l’appellent un lâche, s’il ordonne une attaque sur le Donbass, ils vont le traiter de perdant. Pour les nazis, c’est une situation gagnant-gagnant.

4. Les experts s’accordent à penser que la junte d’Ukronazis est horrifiée par l’élection de Donald Trump et qu’ils ne voient qu’une option pour lui forcer la main : obliger la Russie à intervenir ouvertement pour défendre les républiques de Novorussie, ce qui aboutira à une défaite militaire pour l’Ukraine, mais aussi à une victoire politique, car les États-Unis et l’UE ne peuvent pas permettre aux Russe de vaincre ouvertement les Ukrainiens sans réagir.

5. Les Ukrainiens ont avancé des systèmes d’artillerie lourde, y compris des missiles balistiques et des lanceurs de fusées à longue portée, qui peuvent frapper le centre-ville de Donetsk. Des chars MBT ukrainiens et des véhicules blindés APC / IFV sont également vus en grand nombre, tout au long de la ligne de contact. Le déploiement de tels systèmes est une violation directe de l’Accord de Minsk-2, mais les Ukronazis ne semblent pas s’en soucier.

6. De plus en plus de politiciens ukrainiens déclarent ouvertement que les Accords de Minsk sont morts et que seule une solution militaire est possible. Certains membres du parlement, la Rada, veulent déclarer la guerre à la Russie.

7. Les Américains surveillent de près la situation, des drones américains ont été détectés tout au long de la ligne de contact, mais Donald Trump semble avoir décidé qu’il n’a aucun intérêt à arrêter les Ukrainiens. Les mauvaises langues diront qu’il n’a pas la sagesse ou la volonté politique pour agir. Ceux qui ont encore espoir en Trump disent qu’il veut laisser les Ukronazis attaquer, uniquement pour placer le blâme sur eux et les diminuer politiquement.

8. Très intéressant, pour la première fois, la plupart des experts russes qui participent aux émissions de débat à la télévision russe disent ouvertement que si les Ukronazis reviennent officiellement sur l’Accord de Minsk et attaquent le Donbass, la Russie devrait unilatéralement lancer une opération de pacification et imposer la fin des hostilités dans le Donbass et ensuite s’occuper des plaintes venant des États-Unis et l’Europe. Ils soulignent que les États-Unis et la Turquie ont de grandes forces déployées en Syrie dans l’illégalité totale et qu’ils ne sont pas en mesure de critiquer la Russie pour avoir imposé une fin à l’opération de combat juste à la frontière russe.

9. Il y a des rapports constants que les forces de Novorussie sont en état d’alerte maximum et qu’elles attendent impatiemment un feu vert pour enfin lancer une contre-offensive contre les Ukronazis. Les forces de Novorussie sont beaucoup plus petites, dans la fourchette de 30 000 à 40 000, mais elles sont beaucoup mieux formées, commandées et équipées, et elles sont sur la défensive. Leur moral est très élevé, en contraste net avec les forces ordinaires ukrainiennes (le moral des bataillons de volontaires nazis est, selon les informations, aussi élevé).

10. Il y a également des rapports que le Vent du Nord et le Voentorg [livraison de matériel par les Russes, NdT] ont beaucoup augmenté. Si tel est effectivement le cas, et je crois que ça l’est, cela me conduit à conclure que les services de renseignements russes anticipent une attaque inévitable.

11. Le ton politique officiel venant de Poutine et de Lavrov est très dédaigneux envers Porochenko, qui est présenté comme un politicien stupide, incompétent, immoral et fondamentalement fini, qui est à la fois réticent et incapable de travailler à une résolution pacifique du conflit. Je suis tout à fait d’accord avec cette caractérisation. Il semble que le Kremlin ait essentiellement renoncé à Porochenko.

12. Les politiciens russophobes de l’UE, qui sont également horrifiés par l’élection de Trump, encouragent les Ukronazis à déclencher une guerre, qu’ils considèrent comme leur dernière chance de créer l’hystérie russophobe en Occident, tout en étant leur dernière chance de rester encore marginalement pertinents sur la scène internationale. Les Allemands et les Britanniques, en particulier, semblent en rajouter sur leur politique consistant à « blâmer la Russie pour n’importe quoi ».

Pour toutes ces raisons, j’estime qu’il y a une forte probabilité qu’une opération de combat à grande échelle entre les Ukronazis et la Novorussie reprendra dans les prochains jours. À ce stade, je ne vois qu’une chose qui pourrait l’empêcher : un ordre fort et déterminé du Président Trump disant aux Ukrainiens de s’arrêter, de se retirer et de revenir à la table des négociations. Hélas, je vois une telle action du président Trump comme très improbable.

Le printemps a toujours été le meilleur moment pour les opérations de combat offensives en Ukraine. Les routes s’améliorent, le feuillage revient aux arbres et aux buissons et les températures commencent très lentement à remonter. Je soupçonne que la junte aurait préféré attaquer plus tard, en avril-mai, mais l’élection de Donald Trump a clairement créé une panique à Kiev et, puisque les Ukronazis n’ont aucune chance de gagner (leur seul objectif est de forcer une intervention russe), une attaque en février pourrait être une option acceptable pour eux.

The Saker

Traduit et édité par jj, relu par nadine pour le Saker Francophone

lundi 6 février 2017

Le bilan sanguinaire du règne Obama / The bloodthirsty assessment of the Obama's reign

source : http://www.investigaction.net/le-bilan-sanguinaire-du-regne-obama/



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La flamboyante élection et investiture de l’ancien présentateur de télé et homme d’affaires Donald Trump a soulevé une répulsion généralisée à l’échelle internationale. Au point que certains observateurs s’étonnent à juste titre du fait que cela serve à éclipser le bilan d’Obama. Dans ce débat, la position d’ Investig’Action consiste à dire qu’il n’y a pas de bons et de méchants, mais de forts intérêts économiques en jeu, au milieu desquels les peuples peuvent résister pour la défense de la vie et la lutte pour un monde meilleur. Cette tribune signée par une porte-parole de Codepink, organisation à la fois féministe et anti-guerre, est une analyse opportune qui contribue à ce débat autour des « bons » et des moins bons présidents de l’empire. (IGA)
La plupart des Américains seraient probablement étonnés de réaliser que le président qui a été dépeint par les cadres de Washington comme plutôt opposé à l’intervention armée est en réalité un va-t’en-guerre. L’accord nucléaire iranien, aboutissement historique, et le rétablissement des relations diplomatiques avec Cuba sont hélas les seules réussites obtenues par la diplomatie, et non par la force.
Alors que le candidat Obama a accédé au pouvoir en plaidant la fin des guerres initiées par George W. Bush, il quitte ses fonctions de président en détenant le record de la période de guerre la plus longue de l’histoire américaine. Il est aussi le seul président à avoir effectué deux mandats complets en état de guerre permanent.
Le président Obama a réduit le nombre de soldats américains engagés en Afghanistan et en Irak, mais il a déployé de manière dramatique la guerre aérienne et l’utilisation des forces d’opérations spéciales dans le monde. En 2016, les forces spéciales étaient présentes dans 138 pays, soit 70% des nations, ce qui représente une augmentation impressionnante de 130% depuis l’administration Bush.
A l’heure du bilan du président Obama, Micah Zenko, du Conseil des Relations étrangères, a révélé les chiffres du Département de la Défense relatifs aux frappes aériennes, faisant une révélation édifiante : pour la seule année de 2016, l’administration Obama a largué au moins
26 171 bombes. Ce qui signifie que chaque jour de l’année, l’armée américaine a largué 72 bombes ciblant des soldats ou des civils de par le monde, soit 3 bombes par heure.
Si la plupart des bombardements ont eu lieu en Syrie et en Irak, les bombes américaines sont aussi tombées en Afghanistan, en Libye, au Yémen, en Somalie et au Pakistan. Il s’agit de 7 pays à majorité musulmane.
Une des techniques de bombardement favorisée par Obama fut celle des frappes de drones. En tant que commandant en chef, il a étendu l’usage des drones en-dehors des zones de combat déclarées d’Afghanistan et d’Irak, principalement au Pakistan et au Yémen. Obama a autorisé 10 fois plus de frappes de drones que George W. Bush, transformant automatiquement tous les hommes de ces régions en combattants, et faisant d’eux des proies à éliminer de manière télécommandée.
Le président Obama a affirmé que ces aventures militaires de par le monde étaient légales, se basant pour cela sur les autorisations datant de 2001 et de 2003 relatives à l’usage de la force militaire votées par le Congrès pour éliminer al-Qaida. Mais les guerres menées aujourd’hui n’ont pour ainsi dire plus rien à voir avec ceux qui ont attaqué les Etats-Unis le 11 septembre 2001.
Cette base juridique tordue que l’administration Obama a édifiée pour justifier ses interventions, plus particulièrement ses frappes extrajudiciaires par drones sans aucune restriction géographique, est désormais dans les mains de l’imprévisible Donald Trump.
Mais qu’a récolté l’administration, de ces 8 années de combats sur tant de fronts ? Le terrorisme a augmenté, aucune guerre n’a été « gagnée » et le Moyen Orient est ravagé par plus de chaos et de divisions qu’à l’époque où Obama déclarait son opposition à l’invasion en Iraq.
Si la transition de troupes au sol vers le recours aux forces spéciales et les missions aériennes ont permis d’épargner la vie de soldats américains, un nombre incalculable de vies ont été fauchées à l’étranger. Nous ne savons pas combien de civils ont été tués dans les bombardements massifs en Iraq et en Syrie, où l’armée américaine traque Daesh en pleine zone urbaine. Nous n’entendons que sporadiquement parler des morts civils en Afghanistan, comme lors du tragique bombardement de l’hôpital de Médecins sans Frontières à Kunduz, qui a fait 42 morts et 37 blessés.
Forcé à révéler les chiffres des morts civils des frappes de drones, en juillet 2016, le gouvernement américain a prétendu de manière absurde que ce chiffre ne dépasserait pas les 116 civils au Pakistan, au Yemen, en Somalie et en Libye, et ce pour la période de 2009 à 2015.
Des journalistes et des défenseurs des droits humains ont alors réagi sur ce nombre ridiculement bas et invérifiable, puisqu’aucun nom, aucune date, aucun lieu, aucun détail n’était révélé. Le Bureau du Journalisme d’Investigation basé à Londres, qui enquête depuis des années sur les frappes de drones, affirme que le chiffre réel serait en fait 6 fois supérieur.
Alors que les drones ne représentent qu’une petite proportion des munitions larguées durant les 8 dernières années, le nombre des civils tués par les bombes du gouvernement Obama peut s’estimer à plusieurs milliers. Mais il s’agit d’une estimation dans la mesure où tant l’administration que les médias mainstream ont quasiment passé sous silence le taux de civils décimés dans les interventions ratées de l’administration.
En mai 2013, j’ai interrompu le Président durant son discours sur la politique étrangère à l’Université de la Défense nationale. Je revenais à cette époque du Yémen et d’Afghanistan, où j’avais rencontré des familles de civils innocents tués dans des attaques de drones américains, notamment les enfants Rehman qui ont vu leur grand-mère déchiquetée alors qu’ils étaient occupés à cueillir du gombo dans les champs.
Au nom de ces familles meurtries dont les pertes n’ont jamais été reconnues par le gouvernement américain, j’ai demandé au Président Obama de s’excuser. Alors que j’étais emmenée hors de la salle, le Président a dit : « la voix de cette femme mérite d’être écoutée ». Dommage qu’il ne l’ait jamais fait.

*Medea Benjamin est une activiste politique étatsunienne, surtout connue pour avoir co-fondé en 2002 l’organisation « Code Pink, Women for peace », une organisation militant contre la guerre et pour la justice sociale.


jeudi 26 janvier 2017

Divide ut regnes, Ordo ab chaos... Il devient urgent de penser à la paix. Michel Collon propose une grille d'analyse pouvant inspirer un mouvement de paix qui ne divise pas mais rassemble / Divide ut regnes, Ordo ab chaos... It becomes urgent to think for the peace. Michel Collon proposes a railing of analysis which can inspire a peace movement which does not divide but gathers

Ci-dessous, un pack de 4 vidéos indissociables. Recommandé à tous ceux qui refusent de stigmatiser les déplorables... ou les bobos, à tous ceux qui croient en la pertinence des propos de Michel Collon, à tous ceux qui pensent que le danger de guerre totale est une réalité possible et imminente.

A relayer sans modération.

Christophe


1. Un spectacle haut en couleurs : Big joe, l'Afro-américain, a priori sympa, sincère voire émouvant défend trump avec tout son coeur... au coeur d'une manif manifestement anti-trump. Acteur ou non, il porte la parole d'une grosse partie de l'Amérique. Au passage, admirez la tête du "journaliste-fouteur-de-merde", heureux du "débat" qui s'installe. 




2. Michel Collon, l'homme de la situation, l'homme providentiel (oufti oui je sais c'est dangereux, ça ne peut pas exister). Ah si ce brave Big joe et tous ces braves manifestants pouvaient prêter attention à ce qui suit, il ne faudrait pas grand chose pour qu'ils s'embrassent et s'allient...




3. Pour parfaire le travail



4. Un zeste de Mélenchon aussi (en espérant qu'il n'appelle pas à voter Macron au deuxième tour)

... quelques clés de compréhension à propos de Trump, de la Russie et de la Chine à 4'28"  by himself




5. Un long texte pour considérer la géopolitique sous l'angle d'un grand jeu   

http://www.revueconflits.com/le-nouveau-grand-jeu-bonus/

6. Et dans la continuité de ce grand jeu, cet article de Pepe Escobar 

Ce que nous réserve la nouvelle administration Trump

Pepe Escobar

Par Pepe Escobar – Le 19 janvier 2017 – Source Sputnik News

La nouvelle ère Trump s’amorce. Attendez-vous très bientôt à toute une série de rebondissements géopolitiques et géo-économiques imprévisibles.

J’ai soutenu que la stratégie déployée par Henry Kissinger, le gourou de Trump en matière de politique étrangère, pour contrer le redoutable trio favorisant une intégration eurasienne (Russie, Chine et Iran), est une version remixée du classique Diviser pour régner, en séduisant la Russie pour l’éloigner de son partenariat stratégique avec la Chine, tout en continuant de harceler l’Iran, le maillon le plus faible du trio.

C’est ce qui se joue d’ailleurs, comme les débordements de certains des membres du cabinet proposé de Trump le démontrent, lorsqu’ils comparaissent devant le Sénat des USA. Dans le royaume du baratin, certaines factions rappellent justement la politique chinoise de Nixon, conçue par Kissinger, en se disant très emballés par la perspective de pouvoir contenir au moins une de ces puissances « susceptibles de se liguer contre les USA ».

Kissinger et le Dr. Zbig « Grand échiquier » Brzezinski sont les deux plus grands dalangs (maîtres de marionnettes) occidentaux autoproclamés de l’arène géopolitique. Par opposition à Kissinger, Brzezinski, le mentor d’Obama en matière de politique étrangère, fidèle à sa russophobie, propose une politique de diviser pour régner misant sur la séduction de la Chine.

Cela dit, après avoir examiné ma thèse, une source influente du milieu des affaires de New York, très proche des véritables Maîtres de l’Univers au demeurant discrets, qui a correctement prédit la victoire de Trump des semaines à l’avance, a été cinglante à l’endroit de ces précieux dalangs. Mais elle s’est surtout proposée d’expliquer en détail comment les Maîtres de l’Univers ont exposé la nouvelle normalité directement à Trump. Appelons-la « X ».

La Chine sous haute surveillance

« X » commence par dire ce que les porte-parole habituels de l’État profond aux USA, qui vénèrent leurs idoles, n’osent jamais affirmer, du moins en public : « Il est important de ne pas donner trop de poids à Kissinger ou à Brzezinski, qui ne sont que des façades pour ceux qui prennent les décisions, et dont le rôle consiste à recouvrir ces décisions d’une patine d’intellectualité. Leur contribution ne signifie pas grand-chose. J’utilise leurs noms à l’occasion, car je ne peux nommer ceux qui rendent vraiment les décisions. »

C’est à partir de là que « X » définit la nouvelle normalité : « Trump a été élu avec le soutien des Maîtres, pour qu’il penche la balance en faveur de la Russie. Les Maîtres ont leurs pions dans les médias et au Congrès, qui poursuivent une campagne de dénigrement contre la Russie. Ils disposent aussi de leur marionnette Brzezinski qui s’en prend également à la Russie, en déclarant que ‘l’influence mondiale des USA dépend de sa coopération avec la Chine’. L’objectif est de forcer la Russie à coopérer et à placer ses jetons en faveur de Trump à la table des négociations. C’est la technique du bon flic et du méchant flic. Donald est perçu comme le bon flic qui souhaite de bonnes relations avec la Russie, tandis que le Congrès, les médias et Brzezinski jouent le rôle du mauvais flic. On aide ainsi Trump dans ses négociations avec la Russie, Poutine étant conscient de la position ‘précaire’ de son ami, ce qui devrait l’amener à faire des concessions majeures comme on dit. »

Ce qui nous amène à parler de la façon dont Taïwan – et le Japon – se sont retrouvés dans le bain. « En parlant aux Taïwanais, Donald montre aux Russes que son virage, c’est du sérieux. Mais on a décidé de mettre aussi le Japon dans le bain, en tant que prédateur s’en prenant à l’industrie américaine, par une attaque contre Toyota, bien méritée d’ailleurs. C’est que les Maîtres ont jugé plus prudent de modérer la position, par crainte que notre renforcement du Japon contre la Chine ne soit perçu comme une trop grande provocation. »

Il faut donc s’attendre à ce que la Chine, comme l’a prévu Kissinger, à qui « il est important de ne pas trop donner de poids », demeure constamment sous haute surveillance : « Les Maîtres ont décidé de réindustrialiser les États‑Unis et veulent ramener les emplois de Chine. Ce qui est souhaitable du point de vue des Chinois, car pourquoi vendraient-ils le fruit de leur travail aux américains, pour un dollar qui n’a pas de valeur intrinsèque en n’obtenant pratiquement rien en retour? Chaque travailleur chinois devrait avoir une voiture dans son garage et la Chine va devenir un plus grand producteur de voitures que l’UE, les USA et le Japon réunis. Sa richesse, la Chine la gardera à l’intérieur de son territoire. »

Pourquoi la Chine plutôt que la Russie? « La Russie étant un pays de ressources naturelles, qui possède un complexe militaro-industriel gigantesque (la seule raison pour laquelle on la respecte secrètement), elle n’est pas engagée dans des pourparlers commerciaux difficiles, car elle n’exporte pratiquement rien d’autre que des ressources naturelles et du matériel militaire. Les Maîtres veulent ramener les emplois délocalisés du Mexique et d’Asie (Japon, Taïwan, etc.), comme l’a démontré la sortie de Trump contre le Japon. La principale raison sous-jacente est que les USA ont perdu le contrôle des mers et ne sont pas en mesure de sécuriser leurs composantes militaires, en cas de guerre majeure. Cette réalité indéniable dissimulée à l’arrière-scène est tout ce qui importe désormais. »

En quelques mots seulement, « X » décrit l’inversion d’un cycle économique : « Les Maîtres ont empoché de l’argent du transfert des industries en Asie (Bain Capital en a fait sa spécialité) et Wall Street a fait pareil en profitant des taux d’intérêt plus bas sur les capitaux recyclés des déficits commerciaux. La question est maintenant devenue stratégique et ils vont faire de l’argent en misant sur le retour des industries qui réduiront leurs investissements en Asie pour les ramener aux États‑Unis, où nous reconstruisons la capacité de production. »

« X » est un adepte de la stratégie commerciale d’Henry Ford et c’est ce qui le motive à parler de ce thème crucial qu’est la défense nationale. D’après lui, « Ford a doublé les salaires qu’il payait et a fait plus d’argent que n’importe quel autre fabricant. La raison en était que le salaire de subsistance du mari permettait à la mère d’avoir de nombreux enfants, ce qui était psychologiquement bon pour la productivité dans ses usines automobiles, tout en permettant à ses employés d’avoir les moyens d’acheter ses voitures. Il a ainsi reconnu que dans la société, il doit y avoir une distribution équitable de la richesse, ce que Steve Jobs, qui l’admirait, n’a pas su faire. »

« La productivité de masse de Henry Ford était une merveille, et c’est ce qui a permis aux États‑Unis de gagner la Seconde Guerre mondiale. Amazon ne contribue en rien à la défense nationale, car il n’assure qu’un service de marketing sur Internet basé sur des programmes informatiques, pas plus que Google d’ailleurs, qui ne fait que mieux organiser les données. Aucun des deux ne contribue autrement que de façon bien négligeable à construire un meilleur missile ou sous‑marin. »

C’est le Pentagone qui compte

Tout se rapporte donc à la réorganisation de l’appareil militaire des USA. « X » est revenu sur ma référence à un rapport du CNAS, que j’avais cité dans mon article initial : « Ce qui ressort d’entre ces lignes est très important. C’est que nous sommes en sérieuse difficulté, car nos armements accusent un retard technologique de plusieurs générations par rapport à la Russie, ce qui va dans le sens de la déclaration de Brzezinski, selon laquelle nous ne sommes plus une puissance mondiale. »

Voici une analyse exhaustive et approfondie de la façon dont la Russie a réussi a mettre en place la meilleure force armée du monde. D’autant plus qu’elle ne tient même pas compte du système de défense antimissile S‑500, qui est en train d’être déployé et qui scellerait l’espace aérien de la Russie au grand complet. La prochaine génération (S‑600?) promet d’être encore plus performante.

« X » ose aussi aborder un sujet tabou de l’État profond, à savoir comment la Russie, au cours de la dernière décennie, est parvenue à devancer les USA, au point de lui avoir « ravi le titre de plus grande puissance militaire ». Mais la partie est loin d’être terminée, qu’on ait affaire ici à des vœux pieux ou non : « Nous espérons que le secrétaire à la Défense James Mattis comprendra cela et que le sous‑secrétaire à la Défense possède les compétences en technologie de pointe, la capacité organisationnelle et la clairvoyance qu’il faut pour comprendre que les armes de la Troisième Guerre mondiale, ce sont les missiles offensifs et défensifs et les sous‑marins, et non pas la puissance aérienne, les blindés et les porte‑avions. »

Réaliste, « X » reconnaît que les néocons et les néolibéraux-cons, qui représentent la majorité des factions de l’État profond aux USA, tiennent au statu quo belliciste et n’abandonneront jamais leur hostilité acharnée à l’endroit de la Russie. Mais il préfère parler de changement : « Laissons Tillerson réorganiser le département d’État en améliorant son efficience à la Exxon. Il pourrait faire ses preuves à cet égard. Lui et Mattis se sont peut-être dégonflés, mais s’ils avaient dit la vérité au Sénat, ils auraient risqué de ne pas être confirmés à leur poste. Ce qu’ils ont dit n’a ainsi aucune importance. Mais il faut noter ceci à propos de la Libye. La CIA avait pour but d’éloigner la Chine de l’Afrique, tout comme l’AFRICOM. C’était un des secrets de notre intervention en Libye. »

On ne peut pas dire que cela a fonctionné. L’OTAN et l’AFRICOM ont fait de la Libye une terre désolée sous la coupe des milices et la Chine n’a pas encore quitté le reste de l’Afrique.

« X » reconnaît aussi ceci : « La Syrie et l’Iran sont des lignes à ne pas franchir pour la Russie. Tout comme l’est de l’Ukraine à partir du Dniepr. » Il est pleinement conscient que Moscou n’autorisera aucun stratagème de changement de régime à Téhéran. Il sait aussi que « les investissements chinois dans le pétrole et le gaz naturel iraniens font en sorte que la Chine ne permettra pas à Washington de renverser le gouvernement iranien. »

Les choses se corsent vraiment lorsqu’il est question de l’OTAN. « X » est convaincu que la Russie « va envahir la Roumanie et la Pologne, si les missiles en Roumanie ne sont pas retirés et si la Pologne ne renonce pas à son engagement d’en déployer. Ce qui est en cause, ce ne sont pas les missiles défensifs inefficaces des USA que l’on compte placer dans des silos, mais plutôt leur substitution par des missiles nucléaires offensifs. La Russie ne tolérera pas pareil risque. Cette question n’est pas négociable. »

Contrairement au parti de la guerre aux USA, pour qui la « menace perpétuelle » fait l’objet d’une propagande perpétuelle, Moscou observe la réalité sur le terrain depuis les années 1990 : le démantèlement de l’allié slave historique qu’est la Serbie; l’annexion à l’OTAN des pays du pacte de Varsovie et d’anciennes républiques soviétiques, sans oublier les tentatives d’y inclure aussi la Géorgie et l’Ukraine; la multiplication des révolutions de couleur par les USA; le fiasco du « Assad dégage », un changement de régime qu’on voulait imposer à la Syrie, en armant notamment des salafo-djihadistes; l’imposition de sanctions économiques; la guerre des prix du pétrole et les raids sur la valeur du rouble; et le harcèlement incessant de l’OTAN.

« X », qui est bien conscient de ces faits, ajoute ceci : « Les Russes ont toujours voulu la paix. Mais ils n’entreront pas dans le jeu des Maîtres de l’Univers, faisant de Trump le bon et le Congrès, la CIA et ainsi de suite le méchant, en tant que stratagème de négociation. C’est ainsi qu’ils voient les choses. Ils ne considèrent pas tout ce cirque comme réel. »

Le cirque ne pourrait être qu’une illusion, ou encore du wayang, un théâtre de marionnettes balinais, comme je l’ai suggéré. « X » y va d’une interprétation limpide du jeu de l’ombre qui se dessine du point de vue de Moscou, en laissant passer « plusieurs mois, pour voir si Poutine peut parvenir à une détente avec Trump qui entraînera la création d’une Ukraine orientale autonome, la signature d’un traité de paix en Syrie en laissant Assad en place, et le retrait des forces de l’OTAN derrière leurs lignes de défense établies sous Ronald Reagan. »

Qui aura le dessus? Les Maîtres de l’Univers ou l’État profond? Attendez-vous à des secousses.

Pepe Escobar est l’auteur de Globalistan : How the Globalized World is Dissolving into Liquid War (Nimble Books, 2007), Red Zone Blues : a snapshot of Baghdad during the surge (Nimble Books, 2007), Obama does Globalistan (Nimble Books, 2009), Empire of Chaos (Nimble Books) et le petit dernier, 2030, traduit en français.


Traduit par Daniel, édité par Diane, relu par nadine pour le Saker Francophone

source : http://lesakerfrancophone.fr/ce-que-nous-reserve-la-nouvelle-administration-trump